Inspiration
10 questions à poser à ta mère, tant qu'elle est encore là
Dix questions à poser à ta mère, tant qu'elle est encore là. Pour la connaître vraiment, au-delà du rôle de maman qu'elle a tenu pour toi toutes ces années.
Il y a ce moment, parfois en l'écoutant rire au téléphone avec une vieille amie, où tu réalises que tu connais ta mère depuis toujours, et qu'en même temps, tu ne la connais pas vraiment. Pas la femme qu'elle a été avant toi. Pas celle qu'elle continue d'être, à côté du rôle qu'elle a tenu pendant toutes ces années.
Ce n'est pas un manque d'amour. C'est juste qu'on oublie de poser les questions, parce qu'on a l'impression que les mères seront toujours là pour qu'on les pose plus tard.
Pourquoi ne pas attendre la fête des mères
Tu peux lui acheter des fleurs le dernier dimanche de mai. C'est très bien, et ça lui fera plaisir. Mais une fête des mères, c'est un dîner, un cadeau, un appel un peu plus long que d'habitude, et puis ça repart. Une conversation, c'est autre chose. C'est un soir d'avril où tu lui poses une question qu'elle n'attendait pas, et où elle te répond quelque chose qu'elle ne t'avait jamais dit. C'est ça qui reste.
Voici dix conversations à avoir avec elle pendant qu'il est encore temps. Tu n'as pas besoin de toutes les tenir en une seule fois. Une par mois suffit largement. L'important, c'est de commencer.
Qui elle était avant toi
1. Sors ses vieilles photos, et demande-lui qui elle était
Ouvre un album, ou un carton dans son grenier. Pas pour identifier les visages. Pour qu'elle te raconte. La fille qui pose devant la 4L, l'étudiante en blouson de cuir, la jeune femme qui est partie en voyage avec une amie un été. Demande-lui ce qu'elle écoutait, ce qu'elle aimait porter, ce qu'elle voulait devenir avant que la vie ne lui propose autre chose. Avant d'être ta mère, elle était quelqu'un. Quelqu'un que tu n'as jamais rencontré, et qui existe encore, quelque part, sous les couches.
2. Demande-lui à quels rêves elle a renoncé
Ce n'est pas une question facile, et c'est précisément pour ça qu'elle mérite d'être posée. Pas pour réveiller des regrets, juste pour reconnaître qu'elle a eu des envies qu'elle a remisées au profit de quelqu'un d'autre. Peut-être toi. Peut-être pas, et c'est très bien aussi. Lui demander, c'est lui dire que tu sais qu'elle a eu une vie à côté de la maternité, et que cette vie-là compte aussi pour toi.
3. Demande-lui ce qui l'a fait se sentir le plus aimée dans sa propre enfance
On parle peu de la grand-mère qu'elle a eue. On l'imagine, on se construit une légende, mais on lui demande rarement ce qu'elle ressentait vraiment, petite. Un geste, une habitude, un mot qui lui revient encore aujourd'hui. La façon dont elle a été aimée, c'est souvent celle dont elle a essayé de t'aimer toi. La reconnaître, c'est comprendre des choses sur toi-même que personne ne pourra jamais t'expliquer.
Le récit qu'elle seule peut te faire
4. Fais-toi raconter le jour où tu es né
Tu connais l'histoire dans les grandes lignes, mais pas les détails. Quelle heure il était, quel temps il faisait, ce qu'elle a pensé en te voyant pour la première fois. Pose-lui des questions concrètes. Qui était là. Ce qu'on lui a dit en premier. Ce qu'elle a ressenti quand elle est rentrée chez elle avec toi, ce soir-là, et qu'elle s'est demandée ce qu'elle allait faire de cette vie minuscule. C'est le récit fondateur que personne d'autre ne peut te raconter à sa place.
5. Demande-lui quand elle a senti que tu n'étais plus un enfant
Ce n'est pas le jour de ta crise d'ado. Ce n'est pas le jour où tu as déménagé. C'est un moment plus précis, souvent infime, où quelque chose a basculé pour elle. Une phrase que tu as dite. Un regard que tu lui as rendu. Une décision que tu as prise toute seule sans la consulter. Elle s'en souvient probablement mieux que toi, parce que pour elle, c'est l'instant où elle a compris qu'elle ne pourrait plus te protéger de tout.
6. Demande-lui ce qu'elle pense avoir réussi en tant que mère
Beaucoup de mères doutent. Elles repensent à toutes les fois où elles ont craqué, où elles ont été trop sèches, où elles ont raté quelque chose. Elles oublient ce qu'elles ont réussi parce que ces moments-là leur paraissent normaux. Lui poser cette question, c'est lui donner la permission de se voir avec tes yeux à toi. Elle va probablement hausser les épaules et dire "je ne sais pas". Insiste doucement. La réponse, quand elle vient, te dira plus sur elle que dix ans de discussions à table.
7. Assieds-toi pendant qu'elle se prépare, et demande-lui ce qui ne l'inquiète plus
Le matin, avant qu'elle parte travailler. Le samedi soir, pendant qu'elle se maquille pour un dîner. Pose-toi sur le bord du lit, ou contre l'embrasure de la porte de la salle de bain. Demande-lui ce qui la tourmentait à ton âge, et qui ne lui fait plus rien aujourd'hui. C'est un raccourci vers ce qu'elle a appris en quarante ou cinquante ans de vie. Et c'est exactement ce dont tu as besoin d'entendre, sans toujours le savoir.
8. Dis-lui une chose qu'elle a faite et qui t'a façonné, sans qu'elle le sache
Ce n'est pas une question, c'est un cadeau. Trouve un moment précis, anodin pour elle, qui est resté en toi sans qu'elle s'en doute. La fois où elle est restée debout toute la nuit parce que tu avais peur du noir. La fois où elle t'a couvert sans te juger alors qu'elle aurait pu. La fois où elle a dit oui à un truc qu'elle aurait eu mille raisons de refuser. Les mères ne savent pas tout ce qu'elles ont planté en passant. Dis-le-lui. C'est l'un des plus beaux retours qu'on puisse faire à quelqu'un qui a beaucoup donné.
— Léa, 32 ansJ'ai dit à ma mère un soir d'hiver que c'est elle qui m'avait appris à pleurer sans avoir honte. Elle ne s'en souvenait même pas. Elle a pleuré, justement. Et elle a dit "alors j'ai bien fait quelque chose".
Ce que tu veux garder entre vous
9. Demande-lui ce qu'elle espère que tu retiennes d'elle
La question fait peur à poser, et c'est exactement pour ça qu'elle compte. Ce n'est pas une question morbide. C'est une question d'héritage doux. Qu'est-ce qu'elle aimerait que tu portes en toi pour le reste de ta vie ? Un geste, une expression, une recette qu'elle est seule à savoir faire, une façon de regarder les gens. Quand elle répondra, écris la réponse quelque part. Pas dans ta tête, sur du papier. Parce que dans dix ans, tu vas chercher les mots exacts qu'elle a employés, et tu ne t'en souviendras plus.
10. Écris-lui une lettre, et lis-la-lui à voix haute
La dernière de la liste, la plus difficile, et la plus importante. Pose sur le papier ce qu'elle a fait de toi. Pas en général, en détails. Cite des moments. Nomme ce qu'elle t'a appris sans te le dire. Puis assieds-toi face à elle, un dimanche, dans son salon, et lis-la-lui à voix haute. Sa voix va se serrer, la tienne aussi. Vous allez probablement pleurer tous les deux, sans vraiment savoir lequel a commencé. Ce sera un des plus beaux moments de votre vie commune, et tu le sauras à l'instant même où tu le vivras. Si tu ne sais pas par où commencer, ce guide pour écrire une lettre qui touche vraiment peut t'aider à trouver l'angle.
Et entre ces conversations
Les conversations sont la colonne vertébrale, mais c'est le reste qui les rend possibles. Les appels qu'on passe sans raison particulière. Les photos qu'on lui envoie d'un coucher de soleil ou d'un plat qui ressemble au sien. Les fois où on retient un mot dur qu'on s'apprêtait à dire, parce qu'on a réalisé à temps qu'elle ne le mérite pas, et qu'on regretterait. Les jours où on prend une vraie photo avec elle, pas un selfie flou, une photo où on se tient ensemble et où on saura plus tard que c'était ce jour-là.
Si tu veux donner à ces moments un cadre, un objet, quelque chose qu'elle puisse ouvrir, vingt façons concrètes de lui dire merci sont déjà rassemblées par ici. Et si la fête des mères approche, un cadeau qui touche vraiment ne se trouve jamais dans un rayon, il se construit. Mais aucun cadeau ne remplace une conversation. Aucun. C'est l'inverse qui est vrai : c'est la conversation qui donne au cadeau sa raison d'être.
Le temps avec sa mère ne se compte pas en années qui restent. Il se compte en soirs où on s'est posé près d'elle au lieu de scroller. En questions qu'on a osé poser au lieu de remettre à la prochaine fois. En lettres qu'on a fini par écrire, même si on ne se sentait pas écrivain.
Tu ne le regretteras pas. Personne ne regrette jamais.