Occasions

10 choses à dire à sa mère qu'on garde trop longtemps

Dix choses qu'on porte pour sa maman et qu'on ne dit pas. Pas des phrases pour une carte, des aveux précis à glisser un mardi soir ou un dimanche pluvieux.

Tu viens de raccrocher avec ta maman. Vous avez parlé de la pluie, du nouveau voisin, du fait qu'elle a déplacé le micro-ondes. Tu poses le téléphone et tu te rends compte que tu ne lui as toujours pas dit que tu ris exactement comme elle, ni que tu comprends maintenant pourquoi elle pleurait dans la voiture certains soirs.

Ce ne sont pas des phrases pour une carte. Ce sont dix choses qu'on porte pour sa maman parfois pendant quinze ans, sans jamais les formuler. L'amour n'est pas en cause. C'est ce code familial où le grave et le tendre se disent à mots couverts, voire pas du tout. Pas besoin de tout dire d'un coup. Une seule phrase plus vraie que d'habitude suffit.

Aveux

1. Que je te ressemble plus que je ne l'ai jamais admis

J'ai mis quinze ans à réaliser que je gère un conflit exactement comme toi, en faisant semblant de ranger la cuisine. Je range mes torchons pliés en trois. L'autre jour j'ai dit à quelqu'un une phrase qui était mot pour mot la tienne, et je n'ai jamais voulu te le dire parce qu'adolescente, j'aurais préféré mourir que de te ressembler.

2. Que j'ai hérité de ton rire

Pas du grand rire poli des dîners. L'autre, celui qui part tout seul quand quelque chose t'échappe et qui finit en larmes. Le mien sort pareil. Tout le monde me le dit. Je trouve ça beau.

3. Que j'ai compris, pour la voiture

Je sais maintenant pourquoi tu pleurais en silence en revenant du travail, certains soirs, avant de couper le moteur et de remettre ton visage à l'endroit pour entrer dans la maison. J'ai cru longtemps que c'était à cause de nous, et j'avais sept ans, c'est ce qu'on se dit à sept ans.

Aujourd'hui je connais ce poids très précis, celui de tenir une maison qui ne te demande jamais comment tu vas. Je voulais que tu le saches, j'ai recollé les morceaux. Et je me dis que j'aurais dû venir te prendre dans les bras, plus souvent, plus longtemps, sans rien te demander à la place.

4. Que j'ai peur que tu vieillisses

Pas peur de l'idée (l'idée, on la gère). Peur de la voir s'installer dans tes gestes, dans ta voix au téléphone, dans la rampe que tu tiens dans l'escalier sans rien dire, dans la lenteur que tu mets à retrouver un mot. Je n'en parle jamais parce que ce serait te l'annoncer.

Et je voudrais te dire, avant que ce soit trop tard pour le dire calmement, que tu m'as tenue debout pendant trente ans sans que je le sache.

5. Que je porte ton pull, encore

Le bleu marine, celui qui pique un peu, que tu m'as donné un dimanche d'octobre 2011 en disant qu'il ne t'allait plus. Je le mets quand j'ai un examen, quand je vais voir quelqu'un que j'aime et que j'ai peur de ne pas être à la hauteur. Je n'ai jamais voulu te dire qu'il marche.

Pardons

6. Pour ce mot d'ado que je n'ai jamais retiré

Tu sais lequel. Moi aussi. C'était un mardi (sinon je ne saurais pas que c'était un mardi), vous étiez dans la cuisine, et j'ai claqué la porte sur quelque chose qui ne voulait pas dire ce que ça a dit. À un moment on est passées à autre chose, on a fait semblant, et la phrase est restée. Tu peux la nommer aujourd'hui, sans drame. Maman, ce que je t'ai dit ce jour-là, je l'ai regretté à la seconde où je suis montée dans ma chambre. Elle attend cette phrase depuis vingt ans.

7. Pour les fois où j'ai coupé court au téléphone

Quand tu rappelais pour la troisième fois et que j'ai répondu trop vite, trop sec, parce que j'étais "occupée" (occupée à rien, en vrai, occupée à fuir un sujet sérieux qui menaçait de monter). J'étais surtout pressée d'avoir trente ans, de prouver que ma vie tenait debout sans toi, de ne pas redevenir une fille à qui sa mère parle d'un voisin pendant vingt minutes. Tu m'as laissé raccrocher chaque fois sans rien marquer. Je te demande pardon pour ça.

8. Pour les Noëls où je suis arrivée en retard

Parce que j'arrivais d'autre chose, d'autres gens, d'une vie où tu n'avais plus tout à fait ta place. Tu mettais la table comme si rien n'avait changé, tu me laissais le siège près du radiateur, et tu attendais quand même que j'arrive pour ouvrir le vin. Je ne sais pas comment on dit pardon pour ça sans le rendre plus lourd que ça l'était.

Présent

9. Que tu m'as appris à pleurer sans honte

Pas avec un discours. Tu pleurais devant moi sans t'excuser, devant un film, devant une nouvelle, en épluchant des oignons et en disant que c'était les oignons quand ce n'était pas que ça. Je n'ai pas su, longtemps, ce que tu m'avais légué là. Aujourd'hui je pleure au bureau, dans le métro, dans les bras de quelqu'un, et je ne m'en cache plus. C'est de toi.

10. Que tu es belle sur cette photo de toi en 1987

Je suis tombée dessus l'autre soir. Tu portes ce manteau bleu, tu regardes quelqu'un hors champ, et tu ne souris pas tout à fait, tu as exactement le sourire que tu as encore aujourd'hui quand tu crois que personne ne te voit. Tu ne sais pas encore que je vais arriver, ni que je vais devenir, fatalement, quelqu'un qui prend ta photo pour la mettre dans un cadre. Je ne te l'ai jamais dit. Voilà, c'est dit.

Cette liste, c'est celle des aveux. Il y a aussi les questions qu'on garde pour soi et les façons de lui dire merci sans dire le mot. Trois entrées pour la même conversation.

Et si tu lui en disais une par jour ?

Un calendrier de 31 jours, une chose par jour à lui dire, à lui montrer, à lui rappeler. Elle ouvre une porte chaque matin, et tu n'as plus à tout caser dans un seul coup de fil.

Créer son calendrier

Tu vas raccrocher avec ta maman, un de ces jours. Tu vas reposer le téléphone, et il restera deux ou trois de ces choses encore non dites. Choisis-en une, une seule, et glisse-la dans le prochain coup de fil. Ce sera déjà un coup de fil qui ne ressemble pas aux autres.

G

Guillaume

Développeur web, créateur d'Unveil. J'ai construit le cadeau que j'aurais voulu pouvoir offrir — un calendrier qui transforme l'attente en moments de bonheur quotidien.

Mon histoire