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Citations persanes amour et absence : Rûmî, Hafez, Saadi

30 citations persanes de Rûmî, Hafez et Saadi sur l'amour et l'absence, du manque au retour. Traduites avec soin, attribuées honnêtement, prêtes à offrir.

Il y a ce moment, souvent tard, où tu ouvres une page blanche pour écrire à quelqu'un qui n'est pas là, et où tes propres mots tournent en rond depuis des semaines. La chaise vide en face, le fuseau horaire de travers, le compte des jours avant de vous revoir que tu refais sans t'en rendre compte. Tu voudrais une phrase qui porte tout ça, et la tienne ne suffit plus.

Tu cherches, et tu tombes sur des dizaines de "citations de Rûmî" trop lisses, trop parfaites, qui sonnent un peu faux. Tu as raison de douter : beaucoup le sont. Mais huit siècles avant toi, trois poètes persans, Rûmî, Hafez et Saadi, ont nommé exactement ce que tu portes. Manquer de quelqu'un à ce point n'est pas une faiblesse, c'est la forme la plus nue de l'amour. Eux en ont fait de la beauté.

Voici trente vers, rangés selon le chemin que suit l'absence : le manque, l'union qui résiste à la distance, l'attente, et le retour. Chacun attribué honnêtement, traducteur nommé quand il est connu, parce que sur ce sujet le faux circule plus vite que le vrai.

Le manque : quand l'absence prend toute la place

L'absence n'est pas un vide poli. C'est une présence à l'envers, qui occupe la pièce autant que l'autre l'occuperait. Les Persans ont commencé par là.

1. La plainte du roseau coupé

Depuis qu'on m'a coupé de la jonchaie, ma plainte fait gémir l'homme et la femme.

— Rûmî, ouverture du Masnavi, trad. Eva de Vitray-Meyerovitch

Le Masnavi de Rûmî s'ouvre sur une flûte de roseau qui pleure d'avoir été arrachée à la roselière où elle a poussé. Tout le poème de l'absence tient déjà là, dans ce premier souffle, et c'est le tien quand l'appel raccroche.

2. Le feu qui fait chanter

C'est le feu de l'amour qui est dans le roseau, c'est l'ardeur de l'amour qui fait bouillonner le vin.

— Rûmî, Masnavi, trad. Eva de Vitray-Meyerovitch

Si la flûte chante si juste, c'est qu'elle brûle. Le manque n'éteint pas l'amour, il le rend audible.

3. Le désir d'un cœur déchiré

Je veux un cœur déchiré par la séparation, pour pouvoir lui décrire la douleur du désir.

— Rûmî, Masnavi, trad. R. A. Nicholson

Rûmî ne demande pas qu'on le console, il demande de quoi nommer. Il faut avoir mal pour comprendre ce qu'il dit. (C'est peut-être pour ça que tu es ici.)

4. La nostalgie de la source

Quiconque demeure loin de sa source aspire à retrouver le temps où il lui était uni.

— Rûmî, Masnavi, trad. R. A. Nicholson

Loin de l'origine, on n'aspire qu'au retour. Ce n'est pas seulement l'autre que tu veux, c'est le temps où vous étiez ensemble, sans la distance entre vous.

5. Un nom vidé de son sens

Dans la séparation, l'amant est comme un nom vidé de son sens.

— Rûmî, Divan-e Shams, trad. A. J. Arberry

Tu connais cette sensation, quand on te demande comment tu vas et que tu réponds machinalement, le cœur ailleurs.

6. La soif que rien n'apaise

La soif de mon cœur ne peut être étanchée, même si j'en bois des océans entiers.

— Saadi, Gulistan, trad. depuis l'anglais de E. B. Eastwick

Saadi dit ce que personne n'ose : rien ne remplace cette personne-là, ni le travail, ni les amis, ni le temps qui passe.

7. La bougie qui se consume

Si tu voulais connaître le secret du feu de l'amour, demande à la bougie qui se consume.

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

Aimer de loin, c'est brûler doucement sans personne pour réchauffer ses mains à côté.

L'union : quand l'autre est déjà en toi

Le manque a dit son mot. Et puis vient la grande consolation persane : la distance n'est qu'une illusion de l'œil. Ce que tu aimes, tu le portes déjà.

8. Le compagnon des séparés

Le roseau est le compagnon de quiconque a été séparé d'un ami.

— Rûmî, Masnavi, trad. R. A. Nicholson

Tu n'es pas seul à attendre. Huit siècles d'amoureux séparés se reconnaissent dans le même chant, et toi avec eux ce soir.

9. Tu es mon âme

Tu es mon âme, et sans mon âme je ne sais pas vivre. Tu es mes yeux.

— Rûmî, Divan-e Shams, trad. A. J. Arberry

Pas "tu me manques", mais "tu es ce avec quoi je regarde le monde". La distance ne change rien à ça.

10. Sans pieds, jusqu'à toi

Sans pieds, je peux marcher jusqu'à toi.

— Rûmî, Divan-e Shams, trad. A. J. Arberry

L'amour n'a pas besoin de billet d'avion pour faire le trajet. Il est déjà arrivé.

11. Ce qui laisse une empreinte

Ce qui laisse une empreinte sur le cœur devient beau aux yeux.

— Saadi, Gulistan, trad. depuis l'anglais de E. B. Eastwick

L'autre te paraît plus beau de loin, et ce n'est pas une illusion. C'est la marque qu'il a laissée en toi qui transfigure tout.

12. Une seule âme en deux corps

Deux amis sont une seule âme habitant deux corps.

— Saadi, Bustan

La plus ancienne définition de ce que tu vis quand vous êtes loin et que vous pensez la même chose au même instant.

13. Membres d'un même corps

Les êtres humains sont les membres d'un seul corps, façonnés d'une même essence.

— Saadi, Gulistan, trad. A. J. Arberry

Saadi le dit de l'humanité entière. Mais quand on aime, on connaît déjà cette vérité à l'échelle de deux personnes : si l'une souffre, l'autre le sent à mille kilomètres.

14. Vieillir de chagrin, rajeunir d'un nom

J'ai vieilli de chagrin pour lui. Mais quand tu nommes son pays, toute ma jeunesse revient.

— Rûmî, Divan-e Shams, trad. A. J. Arberry

Il suffit parfois d'un prénom, d'un lieu, d'une chanson, pour que la distance s'efface d'un coup.

L'attente : le feu qui veille la nuit

Entre le manque et le retour, il y a l'attente. La nuit qui n'en finit pas, le regard fixé sur la porte. Les poètes persans ont fait de cette veille un art, et ils ne sont pas les seuls : d'autres langues ont forgé des mots entiers pour dire cette attente amoureuse, de l'iktsuarpok inuit à ce qui te tient devant l'écran ce soir.

15. La nuit noire et la peur des vagues

La nuit noire, la peur des vagues, et un tourbillon si effrayant : comment ceux qui marchent légers sur le rivage pourraient-ils connaître notre état ?

— Hafez, premier ghazal, trad. Gertrude Bell

En persan : šab-e tārik o bim-e mowj o gerdāb-i čonin hāyel. Celui qui n'attend personne ne comprend pas celui qui attend. Si tu vis la distance, tu es dans la nuit, pas sur le rivage.

16. Ne me demande pas comment je vais

Bien-aimé, qui t'a dit de ne plus demander comment va ma vie ?

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

Le reproche tendre de celui qu'on n'appelle plus assez : ces jours où le message ne vient pas, et où tu n'oses pas le réclamer.

17. Le vent qui porte le message

Ô vent, si tu passes près du jardin de celui qui règne sur mon cœur, porte-lui le message que je t'envoie.

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

Avant les écrans, on confiait ses mots au vent (aujourd'hui, on les laisse à découvrir un jour précis, ce qui revient au même geste de patience).

18. Les yeux fixés sur la porte

Il y a une différence entre celui qui serre sa bien-aimée dans ses bras et celui dont les yeux restent fixés sur la porte, à l'attendre.

— Saadi, Gulistan, trad. depuis l'anglais de E. B. Eastwick

Saadi nomme en une phrase la condition de tous ceux qui attendent un retour. Tu es du deuxième côté de la porte, pour l'instant.

19. Le grain de beauté qui défie la lune

Sur l'échiquier de la beauté, ton grain de beauté a fait échec et mat à la lune et au soleil.

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

Hafez joue, sourit, exagère. (Oui, même un mystique peut être fleur bleue.) Le détail minuscule de l'autre vaut plus que tous les astres.

20. Seul au milieu de la foule

Au milieu de la foule, seul, je pleure mon sort.

— Rûmî, Masnavi, trad. Jawid Mojaddedi

L'attente a ce paradoxe : on peut être entouré et se sentir tenu à l'écart de la seule personne qui compte.

21. Patience

Patience. Toute chose est difficile avant de devenir simple.

— Saadi

À garder pour les soirs où le compte des jours semble ne plus bouger. Saadi te dirait : il bouge, tu ne le vois pas encore.

22. Ô cœur de mon cœur

Où trouver le repos, quand toute la nuit, devant ta porte, ô cœur de mon cœur ?

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

"Ô cœur de mon cœur." Trois mots qu'on emprunterait sans honte pour signer une lettre.

Le retour : ce qui demeure quand tout le reste passe

Et puis vient le dernier mouvement, le plus doux : la promesse que l'absence n'a pas le dernier mot, que ce qui vous lie tiendra plus longtemps que la distance.

23. La fin de la séparation

Les jours d'absence et les nuits amères de la séparation, tout cela touche à sa fin.

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

Hafez n'annonce la fin du manque qu'après en avoir nommé le poids. Les jours d'absence, les nuits amères : il les connaît, et c'est pour ça qu'on le croit. Garde ce vers pour le dernier jour.

24. La saison reviendra

Mais quand reviendra le temps des roses, prends ce qu'il donne, ô Hafez, avant qu'il ne s'enfuie.

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

Dans la poésie persane, le rossignol chante son amour à la rose toute la nuit, et la rose finit toujours par s'ouvrir. Le temps des retrouvailles passe vite, lui aussi : n'en gâche rien.

25. La caravane qui repart

Les clochettes des chameaux gémissent et crient : reprends ta charge, et repars.

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

La caravane qui se remet en route, c'est l'image persane du voyageur qui revient. La distance n'est jamais qu'un trajet en cours.

26. Du seuil aux bras

Celui qui serre sa bien-aimée dans ses bras a oublié ce qu'était l'attente.

— Saadi, Gulistan, trad. depuis l'anglais de E. B. Eastwick

Saadi opposait cet homme à celui qui guette la porte. C'est exactement le passage que tu vivras : du seuil aux bras, enfin.

27. Le retour à la roselière

Le roseau aspire à la roselière.

— Rûmî, Masnavi, trad. Eva de Vitray-Meyerovitch

Le chant qui s'était ouvert sur l'arrachement se referme sur le retour. Tout le voyage du manque tient dans cette seule image.

28. La vie que l'amour respire

Il ne peut périr, celui dont le cœur garde la vie que l'amour y respire.

— Hafez, Divan, trad. Gertrude Bell

Ce qui aura tenu pendant l'absence ne s'éteindra pas au retour. C'est même la preuve que ça valait la peine d'attendre.

29. Tu es mes yeux

Tu es mes yeux. Que ferais-je de la lumière, si je ne te voyais pas ?

— Rûmî, Divan-e Shams, trad. A. J. Arberry

Le retour, ce n'est pas seulement revoir l'autre. C'est retrouver sa propre façon de regarder le monde.

30. Heureux les jours de ceux qui aiment

Heureux les jours de ceux que l'amour rend ivres, qu'ils soient peinés par la séparation ou réjouis par sa présence.

— Saadi, Bustan

Garde celui-ci pour le tout dernier jour du compte à rebours. Pas seulement les jours de présence, tous les jours, parce qu'ils ont eu la chance d'aimer assez fort pour que ça fasse mal.


Ces poètes écrivaient à la lueur d'une bougie, à des caravanes de distance de ceux qu'ils aimaient. Toi, tu as un écran qui s'allume et un compte de jours qui descend. Ce qui vous sépare a changé de forme, jamais de nature.

Si l'un de ces vers t'a serré quelque part, c'est qu'il dit ta distance à toi. Tu peux le recopier dans une lettre, comme celles qu'Héloïse ou Piaf ont écrites, le glisser au dos d'une photo, ou en garder un par jour pour quelqu'un que tu attends, comme une bougie qu'on tient allumée jusqu'au retour.

Un vers par jour, jusqu'au retour

Offre ces mots l'un après l'autre dans un calendrier de compte à rebours, jusqu'au jour où la porte s'ouvre.

Créer le calendrier
G

Guillaume

Développeur web, créateur d'Unveil. J'ai construit le cadeau que j'aurais voulu pouvoir offrir — un calendrier qui transforme l'attente en moments de bonheur quotidien.

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