Inspiration
40 proverbes africains sur l'amour, du Sénégal à Madagascar
40 proverbes africains sur l'amour, du Wolof au Zulu, du Sahel aux îles malgaches, rangés par mouvement intérieur. Avec la langue originale et la glose.
Il y a ce moment où tu cherches à dire quelque chose à quelqu'un que tu aimes, et où les phrases qui te viennent te paraissent trop fines, trop pressées. Trop déjà-dites.
Pendant ce temps, dans cinquante langues et vingt siècles d'histoire orale, des gens ont posé l'amour en images qui tiennent. Une calebasse qui cherche son couvercle. Une bruine qui finit par gonfler la rivière. Un cœur qui a de bonnes jambes et qui ne boite pas. Voici quarante proverbes africains sur l'amour, du Wolof au Zulu, du Sahel aux îles malgaches. Rangés non par pays mais par mouvement intérieur : l'évidence, les défauts, la distance, la patience, ce qui reste. Si tu veux la même chose vue du Japon, quarante citations japonaises sur l'amour disent presque tout pareil, en kanji.
L'évidence
Premier mouvement
Quand l'amour s'impose comme un fait
Avant les preuves, avant les efforts, il y a l'allant-de-soi : deux pièces qui se cherchent, et qui finissent par se trouver.
Là où on s'aime, il ne fait jamais nuit.
Le plus court résumé de ce qu'on cherche en aimant quelqu'un. Une lumière intérieure qui ne dépend ni de la saison, ni de la météo, ni de la distance.
Chaque calebasse a son couvercle.
Këll bu ne am na mberoom.
L'image wolof de l'âme-sœur. Tout être trouve son pendant, à la condition d'attendre que les deux pièces se rejoignent.
Ceux qui montent dans la même pirogue ont les mêmes aspirations.
Le mariage en wolof, ce n'est pas la fusion. Deux corps dans une même barque, qui rament vers la même rive sans cesser d'être deux.
Ceux qui s'aiment n'ont besoin que d'un petit espace.
Abaagalana tebafunda.
Une chambre suffit, une natte suffit, un coin de banc suffit. L'amour ne réclame pas de surface.
La vie est amour.
Bophelo ke lerato.
Trois mots, en sotho, qui disent presque tout. À garder en réserve pour le jour où tu en as besoin.
Au-delà des défauts
Deuxième mouvement
Voir la personne entière, ses taches comprises
L'amour vrai ne fait pas le tri. Il prend ce qui est mal foutu et trouve le moyen d'en faire quelque chose de beau.
Celui qui t'aime, t'aime avec ta saleté.
Onipa dɔ wo a, ɔdɔ wo ne wo nkwaseasɛm.
Le proverbe akan ne dit pas "malgré tes défauts". Il dit "avec". La différence est immense.
Celui qui aime un être mal fait est celui qui le rend beau.
L'amour ne se contente pas d'accepter. Il transfigure. Ce qui était disgracieux devient aimable, parce qu'aimé.
Une belle âme vaut mieux qu'un beau visage.
Taarub kanam taarub xol a ko gën.
Le visage attire, le cœur retient. Aucune surprise dans le propos, mais le Wolof a mis ça en cinq mots.
Ne reprochez pas à une jolie femme d'aimer un homme laid : celui qui est aimé gagne en beauté.
L'amour embellit. Pas la beauté physique, celle qu'on offre. Celui qui reçoit voit son visage changer dans le miroir.
Ceux qui s'aiment ne s'attardent pas sur les fautes de l'autre.
Compter les torts, c'est déjà sortir de l'amour. Le proverbe kikuyu pose la frontière nette.
Ce que le corps trahit
Troisième mouvement
L'amour qu'on ne peut pas cacher
On peut taire ce qu'on ressent. Le visage, lui, ne sait pas mentir.
L'amour est comme une toux, on ne peut pas le cacher.
Mapenzi ni kikohozi, hayawezi kufichika.
Quoi que tu fasses pour le taire, il finit par sortir. Par les yeux, par la voix, par le moment où tu détournes le regard une demi-seconde trop tard.
Une lettre du cœur se lit sur le visage.
Pas besoin d'écrire. Ce qu'on ressent vraiment s'imprime sur les traits, et tout le monde sait lire cette écriture.
Le feu qui brûle dans le cœur ne fait pas de fumée.
Les vraies passions sont silencieuses. Le bruit est souvent un signe de superficialité, dit la sagesse peule du Sahel.
Les yeux des amoureux n'osent pas se regarder.
Idho jaceyl isma eegaan.
La pudeur du premier amour. L'intensité crée une timidité : ils baissent les yeux parce qu'ils s'aiment trop pour soutenir le regard.
La distance
Quatrième mouvement
Le test de l'absence
Toute la sagesse africaine sur l'amour passe, à un moment, par le chemin qu'on fait pour rejoindre l'autre. Ce que tu n'arrives pas à dire, d'autres l'ont déjà dit avant toi : pas en formule, en image.
La maison de celui qu'on aime n'est jamais loin.
Pour rejoindre celui qu'on aime, aucune distance n'est mesurable. Le proverbe kikuyu se moque des kilomètres.
Le chemin qui mène à l'être cher n'a pas d'épines.
Quand on aime vraiment, on ne sent ni la fatigue ni les obstacles. Le trajet s'efface dans l'élan.
Tout comme le feu est éprouvé par le vent, l'amour est éprouvé par la distance.
Les petites distances renforcent, les grandes ravivent. La séparation n'est pas la fin, elle est le test.
Quitte-la de temps en temps si tu veux vraiment aimer ta femme.
L'éloignement choisi entretient le désir. Le proverbe malawite préfère la flamme qui revient à la cendre qui s'installe.
Le cœur a de bonnes jambes et ne boite pas ; quand il passe près des amis, il les visite.
Ny fo tsy mandringa, ka raha mandalo aho mitsidika ihany.
L'image malgache du cœur en marche. Aucune infirmité ne l'arrête, et il sait toujours qui aller voir.
La patience qui transforme
Cinquième mouvement
L'amour qui dure, et qui change ce qu'il touche
La bruine ne fait pas de bruit. Elle finit pourtant par gonfler la rivière.
Que ton amour soit comme la bruine : douce, mais elle finit par gonfler la rivière.
Pas besoin d'orage pour fertiliser une terre. Le proverbe vaut pour un couple, pour une amitié, pour une lettre qu'on écrit petit à petit.
Que ton amour soit comme la brume : déposé en douceur, sans faire déborder la rivière.
Variante malgache du proverbe précédent. La même idée, vue depuis l'autre rive : ne pas noyer celui qu'on aime sous trop d'eau.
L'amour est comme une rivière, il ne tarit jamais.
Sa source ne se voit pas mais ne s'épuise pas. Image shona, courte, suffisante.
Le bois qu'a déjà touché le feu n'est pas difficile à rallumer.
Celui qui a aimé une fois rallume plus facilement. L'amour laisse des braises, parfois pendant des années.
Quand on aime, une falaise devient une prairie.
L'amour aplanit le réel. Ce qui paraissait infranchissable devient marchable, sans qu'on sache vraiment pourquoi.
Un cœur qui aime est toujours jeune.
L'amour suspend l'âge. Tant qu'on aime, on n'a pas vraiment vieilli, quoi qu'en disent les miroirs.
Une personne qui t'aime te fera voir les étoiles en plein jour.
L'amour réenchante le réel. Il rend visible ce qui ne devrait pas l'être, et c'est ça qui fait la différence avec un simple attachement.
Si tu aimes quelqu'un, tu aimes aussi le vent qui souffle autour de lui.
L'amour ne s'arrête pas à la personne. Il déborde sur son monde, son entourage, son air, son territoire.
La friction du couple
Sixième mouvement
Vivre ensemble, et continuer de s'aimer
Aucun couple n'évite la friction. Les Igbo, les Maliens, les Marocains et les Malgaches le disent chacun à leur façon.
Un homme heureux épouse la femme qu'il aime ; un homme plus heureux aime la femme qu'il a épousée.
Deux étages du bonheur conjugal, et le second est le plus rare. À méditer pour les couples installés depuis longtemps.
L'homme est la tête du foyer, mais la femme en est le cœur.
Image classique mais juste. La tête décide, le cœur fait battre. Sans le cœur, la tête ne sert à rien.
Le lit des amoureux n'est jamais froid.
Là où il y a amour, le froid n'entre pas. Même en saison sèche, même en absence, même quand le chauffage est cassé.
Que votre amour soit comme le plumage du poulet : seule la mort sépare.
Ataovy fitia lamban'akoho ka faty no hisarahana.
Image saisissante. Les plumes ne quittent pas le poulet de son vivant, et l'amour idéal est de cette qualité.
La querelle des amoureux est le renouvellement de l'amour.
La dispute n'enterre pas l'amour. Elle l'oblige à se redire, à se choisir à nouveau, ce qui n'est pas si mal.
Pour se réconcilier, on n'apporte pas un couteau qui tranche mais une aiguille qui coud.
La plus belle image du pardon dans toute la sagesse africaine. Tout couple traverse des ruptures, ce qui compte c'est l'outil qu'on choisit pour recoudre.
Les fesses sont comme un couple marié : malgré la friction constante, elles continuent de vivre et de s'aimer ensemble.
Image crue, image juste. Le quotidien produit des frottements, et ça ne veut pas dire qu'on ne s'aime plus.
Ce qui reste
Septième mouvement
Quand tout ce qu'il reste est encore beaucoup
Les Touaregs, les Zoulous, les Marocains nomades, les philosophes de l'Ubuntu : tous ont une dernière phrase à poser pour la route.
Si la pleine lune t'aime, pourquoi te soucier des étoiles ?
Quand on a l'essentiel, le reste devient secondaire. La phrase zulu suffit à elle seule à dire ce qu'est un amour qui suffit.
Si la lune est avec moi, peu m'importent les étoiles.
Variante touareg de la phrase précédente. Deux peuples, deux déserts, deux ciels, et la même conclusion.
Fais de ta plainte un chant d'amour, pour ne plus savoir que tu souffres.
Pure poésie du désert. Transformer la blessure en mélodie : l'art touareg de continuer d'aimer après la douleur.
La mort laisse une douleur que personne ne peut guérir ; l'amour laisse un souvenir que personne ne peut voler.
Uthando luyisikhumbuzo ongesiphucwe muntu.
Phrase souvent dite aux veillées en pays zulu. Elle tient debout pour toute mémoire amoureuse, vivante ou pas.
Le thé à la menthe doit être amer comme la vie, mousseux comme l'amour, et sucré comme la mort.
Une des plus belles images sur l'amour du Maghreb. Il mousse, il déborde, il a son éclat éphémère, et il finit toujours par redescendre.
Je suis parce que nous sommes.
Umuntu ngumuntu ngabantu.
La phrase de l'Ubuntu, dans son sens le plus serré. L'amour n'est pas un accessoire de la vie : c'est ce qui nous rend humains.
Si tu en gardes un, fais qu'il soit court. Pas pour l'envoyer en SMS, pour le glisser dans une lettre, sur une note, dans un calendrier qui s'ouvre un matin de pluie. Un proverbe a cette qualité : il a déjà tenu pendant des siècles, il tiendra bien encore pour quelqu'un que tu aimes.
Offre-lui un de ces proverbes, jour après jour
Glisse un proverbe par jour dans un calendrier de compte à rebours, et laisse le temps faire le reste.
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